Pâques et bruits de bottes
Éditorial d’avril 2025
En ce mois d’avril, nous allons célébrer Pâques, la plus grande fête du calendrier chrétien, et cela dans un contexte mondial de préoccupation pour la paix. Il suffit d’aller sur les médias pour voir à quel point le nombre de foyers de conflits se multiplie à travers le monde. On sent l’inquiétude monter en Europe qui a connu de belles années de paix. La course à l’armement est plus que jamais relancée. Dans le numéro 115 de notre mensuel (fév. 2025), madame Vanescote évoquait le risque de guerre qui plane même entre les alliés d’aujourd’hui, et notait : « le temps de la résistance est là, de manière urgente ».
Ce n’est pas aisé de parler de guerre dans un numéro qui appelle à la joie de Pâques. Une animatrice en pastorale me confiait sa peine à lire les récits de l’institution de la pâque juive (Exode, chapitres 12 à 15) avec son groupe de partage, à cause de la violence qui y est évoquée. Oui, la Bible, surtout l’Ancien Testament, parle de la violence en des termes parfois déstabilisants. On doit pourtant reconnaître que la Bible n’invente pas la violence. Au contraire, elle en fait le constat, la démasque, la décrit et, plus que tout, l’exorcise. C’est ce regard que je vous invite à porter sur les récits de Pâques, aussi bien ceux de l’Ancien que du Nouveau Testament.
Dès le début, le livre de l’Exode nous apprend que Dieu n’est pas indifférent à la violence faite aux autres. « Le Seigneur dit : « J’ai vu, oui, j’ai vu la misère de mon peuple qui est en Égypte, et j’ai entendu ses cris sous les coups des surveillants. Oui, je connais ses souffrances. Je suis descendu pour le délivrer de la main des Égyptiens et le faire monter de ce pays vers un beau et vaste pays, vers un pays, ruisselant de lait et de miel » » (Ex 3,7-8). Pourtant, malgré les avertissements et les signes merveilleux (les dix plaies d’Egypte), Pharaon et les siens s’entêtent et ne veulent pas libérer les fils d’Israël. Alors Dieu donne des instructions pour la pâque, car cette fois le départ est imminent. Lui-même va passer (Pessah/Pâque), et donner le coup de grâce obligeant Pharaon à laisser partir les Hébreux. Et parce que le plus important dans ce texte n’est pas de raconter la mort des Égyptiens, le récit s’attache à décrire largement la célébration de la pâque et le devoir de se la transmettre de génération en génération. On y voit également que la mort des aînés des Égyptiens est surtout l’occasion d’expliquer pourquoi, chez les Hébreux, tout premier-né de sexe masculin et tout premier-né du bétail sont consacrés à Dieu.
La traversée de la mer, à pied sec, est l’occasion, non seulement de montrer comment Dieu tout-puissant fait plier les tyrans et échouer les projets des méchants, mais aussi de présenter la sortie d’Égypte comme une nouvelle création, celle du peuple de Dieu. Comme en Gn 1,9, Dieu sépare les eaux pour qu’émerge la terre ferme et que la vie soit possible. Et pour nous chrétiens, la violence de la passion et le scandale de la croix sont présentés de ma-nière à nous faire comprendre qu’aucune violence ne peut faire échouer le projet d’amour et de salut de Dieu en Jésus Christ. Pâques est dès lors le signe que notre Dieu est l’Amour tout-puissant qui désarme la violence et rend la vie plus forte que la mort.
Alors, parce que le monde devient fou et la vie menacée, en cette période où nous décorons nos oeufs de Pâques, symbole de l’éclosion de la vie, à notre tour soyons un peu fous, fous d’espérance, fous d’amour. Soyons les témoins de ce Dieu qui fait merveille et dit que la paix est plus forte que la guerre.
Ne voyez-vous pas ces fous qui prennent le risque d’aller soigner les autres, et même les belligérants, dans des zones de conflit ? Ne voyez-vous pas ces fous qui accueillent des inconnus, des réfugiés, et partagent avec eux le peu qu’ils ont ? Ces fous qui ar-pentent les rues de nos villes dans la nuit d’hiver pour aider les sans-abris ? Ces rê-veurs péruviens qui croient transformer le monde à mains nues, avec pour seule éner-gie l’espérance ? Ne voyez-vous pas ce fou qui donne son corps à manger et se laisse clouer sur la croix tout en pardonnant à ses bourreaux ?
Oui, « le langage de la croix est folie pour ceux qui vont à leur perte, mais pour ceux qui vont vers leur salut, pour nous, il est puissance de Dieu. La sagesse du monde, Dieu ne l’a-t-il pas rendue folle ? … nous, nous proclamons un Messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les nations païennes. Mais pour ceux que Dieu appelle, qu’ils soient Juifs ou Grecs, ce Messie, ce Christ, est puissance de Dieu et sagesse de Dieu. Car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes, et ce qui est fai-blesse de Dieu est plus fort que les hommes » (1Co 1,18…25). Alors quelle folie ferez-vous pour témoigner que la vie est plus forte que la mort et que l’amour est plus fort que la haine et les divisions ?
Fêtons dans la joie la vie nouvelle et allons proclamer en paroles et en actes que le Ressuscité donne vie et paix à notre monde. Nous sommes heureux d’accueillir de nouveaux chrétiens en ces fêtes pascales. Ils apportent un surcroit de vie à nos communautés. Merci à celles et ceux qui les accompagnent. Que la joie et la paix de Pâques inondent nos cœurs.
Abbé Louis Wetshokonda
Illustration : Otto Dix, Jésus moqué et couronné « Roi des Juifs »